Alors que les premiers modèles de GP 800 et de T Max 500
sont livrés en concessions et commencent à circuler, nous voici au
guidon de ces deux bolides pour un comparatif maison musclé, dont Paris
et ses alentours seront le théâtre. Les enjeux sont là : le Gilera a
pour lui ses performances et le T-Max 2008 sa facilité. Lequel peut
objectivement l’emporter ? Réponse tout de suite.
Yamaha T Max 2008 : Toujours au poste !
Star incontestable et incontestée du marché et des boulevards, il nous tardait de retrouver le T-Max dans son élément. Depuis son lancement en 2001, le maxi scooter emblématique de Yamaha a séduit près de 15 000 motards et s’est vendu à 4 124 unités en 2007. Il suffit de le poster sur un trottoir de la capitale pour juger de son aura et de son succès. L’effet est immédiat, les curieux s’agglutinent et les questions fusent : "Alors, il est mieux que l’autre ?", "Ca roule fort ?", "Il vaut combien ?"... La réponse se fait immédiate également : "Oui, oui et... 9 000 €".

Toujours parfaitement reconnaissable, le T-Max a pourtant subi cette année son premier lifting significatif. Nouveau look bien plus acéré, ligne plus légère et davantage de plastiques laqués dans son habillage le démarquent des autres scooters de la production, y compris de l’ancien modèle. Du coup, les nouvelles jantes, dont une de quinze pouces à l’avant (contre quatorze auparavant) et la nouvelle fourche de 43 mm au lieu de 41 mm passeraient presque inaperçues. L’essentiel du changement semble pourtant caché : le T-Max 2008 étrenne un nouveau cadre en aluminium (moins quatre kilos), bénéficie d’un empattement plus long de cinq millimètres, et embarque de nouveaux étriers de frein avant monobloc à quatre pistons. Autant d’améliorations discrètes à l’oeil, mais sensibles à la conduite. Nous avons profité de l’occasion pour prêter le nouveau T-Max à Jérôme. Fan de la première heure et actuel propriétaire d’un modèle 2002, vous retrouverez ses impressions dans notre rubrique "A retenir".

Gilera GP 800 : L’outsider musclé
Après une journée passée en compagnie du T-Max 500,
nous nous demandions si le GP 800 n’allait pas souffrir de la
comparaison. Déroutant de facilité, léger et particulièrement agile, le
Yamaha n’a eu de cesse de marquer des points tout au long d’un parcours
effectué à son guidon. Reste toutefois une selle très découpée et
ferme, et un tunnel central plus encombrant que par le passé. Ce
dernier écarte d’ailleurs d’avantage les pieds. Voyons ce que propose
le Gilera.
Première constatation, l’Italien joue dans un tout autre registre. Plus
cossu, plus "sport classy" dans l’esprit et dans l’allure, le GP 800
affiche une identité visuelle propre. En témoigne la réflexion
suivante, venue d’un motard en BMW (et ex T-Maxiste)
croisé au cours du roulage : "De l’arrière, je ne parvenais pas à
savoir si c’était un maxi scooter ou une grosse moto". Une remarque
flatteuse, d’autant plus qu’à bord, l’impression s’avère similaire :
que ce soit en termes d’ergonomie ou de répartition des masses, on se
sent sur le GP 800 comme sur une grosse routière.
Et en considérant les dix-huit litres du réservoir (contre quinze sur
le T-Max), et le rayon d’action supérieur à 300 kilomètres, on ne peut
qu’abonder en ce sens.

Des apparences trompeuses
Confortable de selle et de suspension, le Gilera se
montre du coup plus accueillant que le Yamaha. Très détendue, sa
position de conduite évoque effectivement autant le voyage au long
cours qu’un quotidien sans douleur. Un soin particulier a d’ailleurs
été apporté à l’ergonomie. Les mains trouvent naturellement les demi
guidons en position relevée, faisant immédiatement ressortir en
comparaison le côté sportif du T-Max. Pour sa part, avec son guidon
bas, le 500 Yamaha semble en effet faire plonger les bras vers les
commandes, rendant ce maxi scooter moins présent en main. Décidément,
le T-Max se la joue aussi sportif dans l’esprit que dans le look ! Les
pieds apprécieront pour leur part l’espace plus large et plus haut qui
leur est alloué sur le tablier du japonais. Dommage en effet qu’une
fois les jambes allongées, une grande pointure ne tienne pas plus en
largeur qu’en longueur sur le derrière le GP800. Au moins, on préfèrera
la forme de son tunnel central, finalement plus discrète au pied que
visuellement.
Malgré un volume moindre et un poids nettement inférieur, tous deux
bénéfiques à basse vitesse, le T-Max se fait plus volontiers sélectif
vis à vis des petits gabarits. En témoigne la hauteur de selle de 800
mm, supérieure de 20 mm à celle de son concurrent (780 mm). Du haut de
son mètre soixante dix, l’un de nos deux rouleurs, Damien, préfèrera
donc logiquement le Gilera, quitte à devoir jouer de la jambe et du
muscle à l’arrêt. Une fois en route, en tout cas, on se cale aussi
confortablement contre le dosseret de selle de l’un et de l’autre.

Plus de 30 ch. d’écart... et pourtant
Au guidon de l’Italien, changement d’univers !
Contrairement au T-Max, finalement très discret en terme de "sensations
mécaniques", le GP800 fait appel à tous les sens, à commencer par le
toucher : ses vibrations sont sensibles dans le guidon et dans le
plancher. Loin de gêner, elles participent à ce qui devient vite un
plaisir tactile, un aspect qu’apprécie particulièrement Damien,
ex-possesseur d’une Ducati 900.
Vous vous en doutez peut être, mais le bicylindre vertical du T-Max
peine face à celui qui n’est autre que le plus gros moteur inséré dans
un scooter de série. Sur le papier, le bloc Yamaha lui rend près de
31,5 ch., 3 daN.m et 340 cm3... Ceci se traduit par des départs "canon"
qui laissent sur place le T-Max, pourtant peu avare côté performances.
Il faut dire que ce dernier est également pénalisé par un creux au
démarrage ressenti aux alentours de 30 km/h (3 500 tr/min). A
contrario, la montée en régime et les reprises immédiates du Gilera
affirment un caractère puncheur là où le Yamaha mise sur une allonge
très lisse. Du coup, rien ne semble pouvoir perturber l’irrésistible
ascension du GP 800 vers les 200 km/h compteur... Un chiffre qui laisse
songeur. Avec "seulement" 180 km/h compteur, le T-Max marque le pas,
mais n’en justifie pas moins les choix opérés par Yamaha de ne pas
augmenter la cylindrée. Dès que les conditions d’adhérence se
dégradent, le moteur japonais revient aux avant-postes. Là où sur route
mouillée les accélérations et la réactivité du GP 800 demandent un
certain doigté à Sébastien, notre autre rouleur, Damien, sur le Yamaha,
peut mettre la poignée en coin sans arrière pensée.
Avec de telles capacités, la protection devient primordiale. A ce
titre, le GP 800 met à profit son esthétique "englobante" et son
aérodynamique pour apporter confort et isolation. Si la bulle
électrique paraît basse, son double galbe et son orientation assurent
stabilité et protection. Là où la hauteur de la bulle du T-Max dévie
les flux au dessus du casque mais provoque quelques turbulences passé
120 km/h, le Gilera engendre une légère pression, mais sans parasite.
Au moins, le torse et les jambes sont à l’abri sur nos deux
protagonistes.

L’instinct contre l’expérience
Il faudra attendre l’épreuve de la ville, les petits
virolos et les parcours techniques pour que le T-Max montre la
supériorité de sa partie cycle. Plus intuitif et moins piégeur que le
Gilera, le Yamaha affiche un équilibre et une stabilité de tous
instants, parfaitement secondés par une capacité innée à se placer là
où il faut. En comparaison, le rayon de braquage limité du GP 800 et sa
tendance à engager de l’avant à basse vitesse (donc à basculer sur le
côté), incitent du coup plus à l’enroulage urbain qu’à la lutte en
règle. Comme quoi on peut être un véritable dragster et se montrer
civilisé le moment venu. Moins facile à emmener d’un angle à l’autre et
manifestant une inertie supérieure, le GP 800 privilégie ainsi une
conduite réfléchie, coulée et expérimentée, là où l’instinct suffira
pour les conducteurs de T-Max.
Et le freinage, me direz-vous ? Impérial sur le Yamaha et juste un peu
plus doux sur le GP 800. Avec quatre pistons contre deux sur l’Italien,
le 500 compense largement son diamètre de disque inférieur (267 contre
300 mm) par un feeling proche de la perfection et une puissance
idéalement accordée avec l’amortissement. Plus doux et moins incisif,
le freinage du Gilera n’en mérite pas moins les honneurs, il stoppe la
bête avec précision voir zèle à l’avant. A noter que seul le T-Max est
pour l’instant annoncé avec une version ABS (dès mars 2008), une option
que l’on appréciera sur le périphérique. A ce sujet, les rétroviseurs
du T-Max plus hauts que par le passé favorisent l’évolution entre les
voitures. Si les miroirs du GP 800 sont bien placés, leurs supports se
montrent en revanche fragiles et sont susceptibles de casser en cas de
choc sec ("testé" par nos soins).

Plus proches des motos
Si par le passé on comparait le comportement et la conduite du T-Max avec ceux d’une moto, la réflexion se vérifie encore plus avec le GP 800. Véritable équivalent d’une routière sportive, le Gilera affiche la même inertie pour des performances de plus en plus proches. En revanche, il pêche face au T Max au niveau pratique : son coffre manque de volume et son tablier ne propose pas de vide-poche. Ainsi, le Yamaha s’adresse à tous types de conducteurs, alors que le GP 800 plaira d’avantage aux amateurs de sensations mécaniques... sachant les exploiter. A 9 300 €, le GP 800 peut sembler cher, mais la différence de prix de 301 € avec le T-Max apparaît minime, et se justifie partiellement par des performances brutes et un confort supérieurs. Ainsi, le GP 800 réduit une nouvelle fois les marges avec la moto, une démarche qui rejoint dans l’autre sens celle de l'Aprilia Mana , une moto qui reprend le moteur du gros scooter italien. Reste à trouver sa place entre les deux.
Comparatif T Max / GP 800 : A retenir

Le GP 800 ne fait pas le poids niveau rangements. Rien sous la main, là où le T-Max propose maintenant deux vide-poches, dont l’un avec porte carte escamotable (gadget). On regrette cependant les charnières peu rigides et le mécanisme de fermeture manuel (idem pour la trappe de réservoir), désagréables à manipuler, surtout en roulant. Le coffre départage également les deux maxi scooters. Les selles s’ouvrent au contacteur pour le Yamaha (contacteur pas idéalement placé au demeurant) et à partir de la télécommande ou du contacteur sur le Gilera. Montées sur vérin, elles dégagent un bon espace, éclairé, mais apte à recevoir uniquement un casque intégral pour le GP contre deux pour le T-Max. On remarquera par ailleurs le soulèvement de la selle du Yamaha par l’avant, un choix inhabituel.
200 kg pour le T Max, 250 pour le GP 800
Par ailleurs, les deux scooters embarquent une prise
12V et une clef à démarrage codé. On note la présence d’un frein de
parking pour les deux. Au guidon pour le T-Max, sur le tablier pour le
GP. Les leviers de frein sont réglables en écartement sur les deux
modèles. On apprécie l"instrumentation du Gilera, reprise au Piaggio MP3
Côté béquillage, entre soulever 200 et 250 kilos, la différence s’avère
de taille. La centrale de l’Italien demande un sacré coup de main (Ho
hisse !), et l’évidence du béquillage du Japonais fait alors des
envieux. Chacun dispose heureusement d’une latérale.
Le revêtement de selle du T-Max se montre anti-dérapant, mais pas aussi
confortable que celui de son homologue italien. Le passager appréciera
les deux assises, mais critiquera peut être la forme des poignées du
GP, trop grosses, et la localisation longitudinale de celles du T-Max.
Il affectionnera cependant sur chacun l’espace réservé à ses jambes et
ses pieds.
On pourra redouter le vieillissement des surfaces laquées du T-Max, que
l’on retrouve partout à l’intérieur du cockpit et sur les flancs du
tunnel. Notre Maxitest
et particulièrement complète. Elle se manipule simplement à partir de
la gâchette "mode" incluse dans le commodo droit. De son côté, le
Yamaha fait l’impasse sur la température, la charge batterie, et
surtout sur la commande déportée de navigation entre les fonctions. nous en dira un peu plus sur ce point.
Pour de plus amples détails, reportez vous aux fiches détaillées des essais solo du T-Max et du GP 800.

Jérôme a la trentaine, est vendeur dans un magasin
d’accessoires automobiles. Fan de T-Max de la première heure, il
conduit aujourd’hui son troisième représentant de la famille : un
modèle 2002 à carburateur et à simple disque de frein (à l’avant).
Voici son avis sur le modèle 2008 :
"C’est fou le changement qu’il peut y avoir entre les deux. Il a
énormément progressé en maniabilité et en facilité. On le balance sans
effort d’un côté à l’autre, il reste très rigide et parfaitement en
ligne, et semble pourtant toujours plus facile à emmener. Quant au
guidage, quel régal, il va là où l’on veut et se montre très
sécurisant."
"On garde totalement l’esprit T-Max. C’est important."
"Je sais que mon T Max est une version à carbu, mais la
différence entre les deux moteur m’impressionne (ndlr : 2002 vs 2008).
Il se révèle beaucoup plus doux et progressif dans la gestion des gaz
et beaucoup plus fort en reprise et en accélération. On retrouve le
même comportement moteur que sur les derniers modèles à injection, que
j’ai aussi essayés, quel agrément !
Mais j’avoue que la nouvelle esthétique ne serait pas un facteur
déclenchant pour moi. Par contre, il est très agréable à voir et
vraiment sain à conduire. Le freinage, avec le double disque, fait
impression, avec un feeling excellent. Pour le confort, je préfère
encore ma selle, qui me paraît un peu plus épaisse et moins large, mais
je le trouve vraiment pas mal ; au moins, on ne glisse plus sur le
revêtement !
Parmi les points négatifs... le vol ! Je m’en suis fait subtiliser un,
alors pour plus de tranquilité, j’ai repris un ancien modèle qui ne
paye pas de mine, ça fait moins envie. Du coup, je ne craquerai pas
pour celui-ci, même s’il offre beaucoup plus d’agrément. Sinon, je ne
pense pas que les plastiques puissent bien vieillir. Je me sers de mon
scooter pour transporter des objets et il m’arrive de les mettre sur le
tunnel. Là, avec toutes ces pièces brillantes, cela risque de se rayer
en moins de deux. Pas si bien vu. Autre chose, le tunnel s’est élargi
par rapport au mien. J’aime moins la position des pieds."

"Le GP 800 est impressionnant. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Son moteur, très agréable, semble capable de tout et surtout génère des sensations jusqu’alors inconnues en scooter. Pourtant, j’en ai vu passer, du scooter ! Je dirais que le GP 800 est vraiment une moto déguisée. Il se conduit de la même manière, il reste plus lourd qu’un scooter standard, mais encore une fois, quel moteur ! Je crois que je me suis fait avoir, là, il m’a donné envie de repasser au maxi scoot... En revanche, à 9 300 €, je n’aurai jamais les moyens. Il pèse un peu plus lourd que le T-Max, mais il se montre plus agréable pour les plus petits et j’aime bien la positon du guidon plus droite, plus relevée. Je n’aime pas trop celle du Yamaha. J’aime bien aussi le gabarit et la protection. C’est vrai qu’il pèse plus lourd et qu’il paraît plus gros que le T-Max, mais au final, il garde presque les mêmes dimensions et a une bouille bien à lui."
"Le moteur est fabuleux ! On tourne et on est déjà loin, de quoi voir venir et se sentir en sécurité."
"Personnellement, je trouve que la transmission par chaîne est super à l’utilisation, mais pour moi, ça pose problème. Cela fait de l’entretien, alors que justement, quand on veut un scooter, c’est pour ne s’occuper de rien. Pour le reste, je ne trouve pas grand chose à redire. Il faut faire attention à son comportement, il a tendance à se déséquilibrer un peu à basse vitesse, mais franchement, pas de quoi en faire un drame..."

Fiche techniqueGilera GP 800
Moteur :
839,3 cm3, 4 temps, bicylindre en V à 90°, refroidissement liquide,
injection électronique, variateur automatique et CVT (Continuously
Variable Transmission), transmission secondaire par chaîne, démarreur
électrique
Puissance 75 ch. (55,16 kW) à 7 250 tr/min, couple 7,64 daN.m à 5 750 tr/min
Partie cycle : cadre acier à double longeron et renforts treillis, fourche télescopique diam. 41 mm, déb. 122 mm, mono-amortisseur AR (réglable en précharge sur 7 positions), freins AV 2 disques / étriers flottants double piston, disque diam 300 mm - AR simple disque diam. 280 mm / simple piston, pneus AV 120/70 x 16 - AR 160/60 x 15
Gabarit : empattement 1 593 mm, hauteur de selle 780 mm, réservoir 18,5 litres, poids à sec 245 kg
Performances :
vitesse maxi 200 km/h compteur, conso moy. de l’essai env. 4,5 l./100 km, autonomie moy. env. 400 km
Yamaha XP 500 T Max
Moteur :
499 cm3, bicylindre, 4 temps, DOHC et 4 soup./cyl, refroidissement
liquide, alimentation par injection, allumage TCI, démarrage
électrique, embrayage centrifuge et variateur
Puissance 45 ch. (33,1 kW) à 7 500 tr/min, couple 4,64 daN.m à 6 500 tr/min
Partie cycle : cadre en aluminium, suspension AV fourche télescopique diam. 43 mm déb. 120 mm, suspension AR amortisseur horizontal sous le moteur, déb. 116 mm, freins AV double-disque hydraulique 267 mm - étriers 4 pistons / AR disque hydraulique 267 mm - étrier 2 pistons, pneus AV 120/70 x 15 - AR 160/60 x 15
Gabarit : empattement : 1 580 mm. dimensions (L x l x h) : 2 195 x 775 x 1 445 mm, hauteur de selle : 800 mm, réservoir : 15 litres, poids à sec : 203 kg
Performances : vitesse maxi 180 km/h compteur, conso moy. de l’essai : env. 6l/100 km. Autonomie moyenne : env. 250 km
Trouver un challenger au Yamaha T-Max, c'est un peu comme en trouver un pour un T-Rex, on croirait que ça relève de l'impossible. Comme il s'agit ici de scooters et non de dinosaures et que finalement, le monde est bien fait, le roi des maxi scoot, le T-Max Rex, voit donc arriver sur les routes (son terrain de chasse favori) un autre prédateur, italien cette fois : le Gilera GP 800. Les petits peuvent commencer à trembler, les motos aussi, ça va donner dans la jungle urbaine !

Si vous avez le permis A, entre 9000 et 9300 € en poche et si vous
trouvez la moto trop ennuyante, vous aurez sûrement pensé à l'un de nos
deux protagonistes du jour, du moins au premier de ces messieurs : le
Yamaha T Max. Impossible d'être passé à côté du phénomène de ces
dernières années, le Maxi scooter signé Yamaha a taillé fort à coup de
performances et de simplicité dans les parts de marché des maxi
scooters. Il se retrouve du coup sans réelle concurrence en terme
d'ergonomie, de plaisir au guidon ou encore d'image, et se retrouve en
tête des ventes, et ce malgré un prix quasi prohibitif pour un 500. Qui
aurait en effet pu imaginer mettre près de 9000 € (enfin 8 999€ barre
psychologique oblige) dans une CB500 par exemple, il y a un peu plus de
6 ans ? Personne... Et dans un Piaggio 500 ? Guère plus. Nous
remarquerons d'ailleurs fort à propos que beaucoup ne sont toujours pas
prêts à le faire, si l'on en juge par le nombre de T-Max volés... Et
comme le T-Max devient vite addictif, on en reprend forcément un. Du
coup, un T-Max, ça coure les rues, les avenues, les autoroutes, les
bords de mer, les trottoirs, bref, ça pullule, le T-Max ! On ne s'en
plaindra pas, le succès est mérité (pour une fois !!) et voleurs comme
acheteurs ne s'y trompent pas, le T-Max est une valeur sûre. Fort bien
coté à l'occasion, le roi actuel de la jungle urbaine propose à qui
veut bien le conduire simplicité et efficacité, le tout enrobé de
performances à vous rendre jaloux n'importe quel autre scooter (voir
moto). N'importe quel autre ? Pas si sûr. Depuis peu, un nouveau
prédateur sévit en ville (et surtout sur autoroute) : le Gilera GP 800.
Les moqueurs diront que GP, c'est pour "Gros Patapouf", tant il paraît
enrobé, ceux qui l'ont essayé diront plutôt quelque chose du genre
"Grave la Pataaaaaate !!!!!!!!!!!" * , les yeux encore tout humide de
l'émotion provoquée par un simple essai. Explications.
Une référence bousculée

Nous l'avons dit, le T-Max est excellent, brillant en tout et maintenant brillant de partout également (une finition laquée discutable niveau usure et entretien). Il roule vite, offre une sécurité élévée et propose un comportement sportif (ou non) inégalés pour un scooter, grâce à une architeccture inédite. Prompt à débouler fort de partout, sans même qu'on l'attende, à moins qu'on ne l'entende. Car le T-Max s'annonce toujours de la voix (enfin du pot), pour se faire remarquer. Il est doté d'un son caractéristique et reconnaissable entre... 999 : celui du bicylindre vertical à peine bridé. Souvent équipé par son propriétaire d'un échappement libéré et d'un variateur plus performant, tous deux prompts à favoriser les décollages (fut-ce de tympan) et/ou à gommer le trou à l'accélération ressenti aux alentours des 40 km/h, le T-Max se différencie par son râle rauque pourtant aujourd'hui en passe d'être supplanté par celui d'un autre bicylindre, en V celui-ci (donc orientés à 90°, et non plus côte à côte).
Deux fois plus de souffle, deux fois plus de sensations auditives, le
Gilera attaque donc le T-Max dès sa mise en route. Un coup de pouce sur
le démarreur et le son du double échappement superposé du Gilera couvre
le ronronnement du T-Max de ses vocalises profondes. Derrière le
guidon, la danse en V des pistons est enlevée, et les vibrations
régulières rythment le balais jusque dans les deux demi guidons et le
plancher. Voici qui constitue un véritable battement de coeur, qui se
joint au votre à la moindre occasion. Agréable, pour peu que l'on aime
avoir les doigts qui chatouillent et que l'on apprécie d'être renseigné
sur la santé du moteur au son et à sa cadence. La conduite du GP 800 en
devient presque sensuelle et le parfait feutrage du Yamaha niveau
vibrations constitue alors autant un gage de confort qu'il devient un
manque une fois descendu du GP 800. Quoi qu'il en soit, chaque
accélération est une déclaration de guerre en bonne et due forme, entre
les deux, et l'on se fâche en un tour de poignet avec :
- a) son banquier, qui ne pardonnera jamais d'avoir craqué pour un engin à 9300 €, et à qui refusera tout crédit supplémentaire pour payer les PV...
- b) les forces de l'ordre, qui refuseront de comprendre que 60 km/h c'est le minimum « légal » que l'on puisse faire au guidon d'un GP 800, surtout en ville : "Sinon, vous comprenez, monsieur l'agent, il cogne un peu, et encore, je n'accélère pas... J'vous jure, c'est cette poignée, là, à droite, qui est sensible à la moindre rotation !!! Et puis, c'est un italien"
- c) les courtes distance. Forcément, avec un réservoir de 18 litres (contre 15 sur le Yamaha) et avec une consommation située aux alentours de 5L/100 km, avec un moteur tout simplement jouissif, on est plus enclin à rouler beaucoup plus... C'est qu'au finale, un GP 800 semble fait pour manger du kilomètre
- d) et pour finir, les conducteurs de T-Max... Ces derniers auront sûrement du mal à encaisser le fait de se retrouver pour la première fois derrière un autre maxi scooter au démarrage. C'est que l'on peut conduire/piloter un scooter et avoir un peu d'amour propre et le jeu chevillé au corps, non de non !

En effet, le moteur du Gilera GP 800 est sans pitié pour la concurrence, quelle qu'elle soit. Facile à maîtriser, mais délicat à contenir quand les conditions d'adhérence de la route laissent à désirer (route sale, chaussée humide, bandes blanches etc.), il impose sa force et force le respect à la moindre accélération, sans parler des reprises tout aussi convaincantes. Le bicylindre d'origine Piaggio (que l'on retrouve églament sur l'Aprilia Mana) transforme donc sans hésitation en un boulet de canon un scooter de près de 250 kilos... Le pire, c'est que ce moteur de 850 cm3 ne lâche prise qu'aux alentours de 200 km/h compteur, à moins que la raison du cnducteur ou encore un train avant prenant un peu de gîte à très haute vitesse n'encouragent à relâcher la poignée de gaz. Voici donc un GP 800 à la fois sprinteur et endurant, à la fois puncheur et fort en garde (sous le coude), bref, un chasseur né, et bien né. Pauvre T-Max... .
Lui qui revendique 170 km/h d'origine et n'a pourtant rien d'un scooter anémique, ne peut qu'abdiquer en ligne droite. Pour lutter, il lui manque et de la puissance (30 chevaux !) et de la cylindrée (340 cm3 !). Il a pourtant été bodybuildé cette année, et les ingénieurs Yamaha ont autant affûté sa ligne que sa partie cycle. Pour accompagner son restyling effcicace, le T-Max 500 mod. 2008 voit en effet son chassis évoluer vers plus de force (meilleure résistance, meilleure rigidité) et de légèreté (nouveau cadre aluminium plus léger de 5 kilos) et sa fourche augmenter de diamètre (de 41, elle passe à 43 mm). Il conserve par contre sa ligne fine et ses 210 kilos. Ceci s'explique en partie par la prise d'une catalysation plus performante, et l'adoption d'une alimentation saine (injection / Euro3). Alors si niveau moteur, le T-Max marque le pas face au GP 800, niveau dynamique, il qui reprend du poil de la bête, y compris face à ses modèles précédents. Et quelle bête ! Nous avons déjà loué son efficacité outrageante, et c'est le moment d'en reparler. Car à ce niveau, le GP 800 perd en agilité et en précision ce qu'il gagne en sensations. Moins précis que le T-Max, et surtout plus lourd à balancer d'un angle sur l'autre, il demande plus de précaution que le Yamaha pour être emmené aussi fort. Si le Gilera compense efficacement le fait de devoir rendre la main par moment (surtout dans le sinueux), s'il sait mettre à profit tout bout de droit ou sortie de courbe, pour imposer son moteur, le Gilera s'incline face à la sportivité et à l'évidence du châssis du T-Max. La partie cycle hyper agile et parfaitement dimensionnée du Yamaha permet tout aussi de prendre le large au milieu d'un flot de voitures que d'enchaîner à un rythme élevé les pif et paf d'un circuit moto. Pire, il donne envie de sortir le genou dans le moments les plus critiques, ou tout simplement pour le fun. Le T-Max révèle alors un comportement très proche de celui d'une moto de piste. Respect, et forcément admiration. Le GP 800 n'est en effet pas parvenu à offrir un tel degré de stabilité ni de vivavité. Le T-Max a non seulement de beaux restes, mais également suffisament d'avance technologique et dynamique au niveau de sa partie cycle et de son adéquation avec son moteur pour rester le plus homogène et le plus terrible des maxi scooters.

Au final, le Gilera GP 800 sait se montrer aussi civilisé que sa robe classieuse le laisse deviner. Un tantinet sportif, comme le rappellent les ouïes dans le tablier avant façon Ferrari, ou encore son aménagement intérieur, le GP 800 est un GT encanaillé et joueur qui compte autant sur votre expérience que sur ses bonnes manières pour tirer ses quatre épingles du jeu.
Première épingle : e voyage seul ou à deux. Volontiers partant, le GP 800 peut compter sur un confort prononcé et un espace agréable à bord pour convoyer son équipage solo ou duo dans les meilleures conditions. Le T-Max ne peut en effet prétendre à autant de soin, même s'il s'applique à proposer une position de conduite agréable, quoi que typée sport en comparaison (bras en contrebas et buste légèrement en avant). Le Yamaha propose pour sa part une ergonomie et un esprit volontiers pousse au crime, mais toujours compatible avec le style décontracté de rigueur en ville. Quant au GP 800, il franchit bien vite les limites du raisonnable...
Deuxième épingle : l'accessibilité physique. Une hauteur de selle de 780 mm inférieure de 20 mm à celle du T-Max rend le Gilera très accessible. De quoi permettre aux plus petits gabarits de mieux contrôler le poids plus important à allure lente ou une fois arrêté. De même, la selle est plus épaisse et plus moelleuse, les menus fessiers apprécieront. De son côté, la selle du T-Max a suivi un régime minceur diversement apprécié. L'assise propose par contre un nouveau revêtement dont le grip se fait rapidement apprécier, notament lors des freinages appuyés.

Troisième épingle : le freinage. Nous n'avions pas encore abordé le sujet, mais voici également un point qui est redoutable sur le Gilera GP 800. Redoutable et redouté. En effet, certains n'apprécieront pas un certain manque de progressivité du frein avant. Effectivement, le double disque de gros diamètre (300 mm) est un gage de force, mais il retourne assez peu d'informations dans le levier et dispose d'une attaque vive. Sur ce point, le T-Max fait un sans faute, ses nouveaux étriers quatre pistons offrent une précision et un feeling on ne peut plus agréable. Une référence du genre dont le Gilera devrait s'inspirer en l'abscence de version ABS.
Quatrième épingle : la protection ! Il fallait bien que tout(e) ce(tte) plastique, cette bulle électrique à commande au pouce et ces volumes grâcieux servent à quelque chose. C'est chose faite : on est sacrément à l'abris de l'air et de l'eau "dans" le GP 800. En comparaison, le T-Max est pénalisé par une bulle très haute qui gène le regard des moins d'1m70 et provoque au passage quelques turbulences aérodynamiques. Ceci mis à part, on est presque aussi bien protégé, et les pieds sont même plus à l'aise sur le plancher du Yamaha T-Max. A noter que par rapport à l'ancien modèle de T-Max, le nouveau tunnel central écarte d'avantage les jambes et qu'il est plus large, mais moins haut que celui du GP 800.
Voici donc le GP 800 « tiré à quatre épingles » Bien propre sur lui, ce prédateur cache son jeu sous son allure débonnaire, mais il ne rechigne pas à aller au charbon. Certes un peu plus physique, il offre néanmoins une alternative au T-Max, tout en élargissant son rayon d'action. Certes moins joueur, certes dédié à des conducteurs amateurs de sensations mécaniques et de vitesse, il sait tout aussi bien offrir son confort à ceux qui souhaiteraient se savoir au guidon d'un véritable dragster, qu'à ceux qui préférent la maîtrise à l'instinct. Un instinct chasseur, donc, que nous laisserons volontiers au T-Max, plus intuitif et réclamant moins d'attention de la part de son conducteur en conduite sportive. D'autre part, le GP 800 a dû faire une croix sur nombre d'aspects pratiques pourtant si appréciables pour les citadins. En renonçant à un grand coffre (un seul casque intégral tient), en oubliant un voire deux vide poches sur le tablier, le GP 800 fait un pas en avant vers la moto et un en arrière vers les scooters. Rien qui ne puisse cependant être compensé par une bagagerie amovible. Mais à 9 300€, il y a tout de même de quoi se poser quelques questions au moment de l'achat. En fonction de votre utilisation et de vos aspirations, nul doute que le choix sera difficile. Entre la valeure sûre T-Max 500 et l'inconnu Gilera GP 800, il y a déjà un critère de choix. Restera à déterminier ce qui vous convient le mieux entre une extrème simplicité et la rigueur du T-Max qui met à portée de tous la performance d'un moteur entièrement exploitable (et déjà prompt à vous mettre hors la loi), et la partie cycle du Gilera avec plus d'inertie mais également bien plus de sensations (donc un rappel à l'ordre et une nécessité moindre de rouler vite). S'il est presque évident que le T-Max continuera sur sa lancée commercial, s'il a même contribué à créer un nouveau style de scooter, plus rigoureux, plus performants, le GP 800 pourrait tout aussi bien connaître un développement parallèle tenant autant à ses qualités réelles qu'à un phénomène né autour de lui. Car n'oublions pas que pour ses possesseurs, le T-Max est plus qu'un scooter, plus qu'une moto, c'est un nouveau type de véhicule dont découle le GP 800. D'autre part, de nombreux accessoiristes se penchent et se sont penchés sur le cas des T-Max. On dispose donc rapidement d'une pléthore d'accessoires pour le T-Max (feux, clignottants, kits caroserie, kits transmission etc.), un luxe et une quantité à laquelle ne peut encore prétendre le GP 800 (messieurs les accessoiristes, nous vous attendons !). Le père peut être fier de sa désecendance, même si cette dernière est plus forte que lui sur certains points, il lui reste l'essentiel : son identité et un Buzz inextinguible.

